Christelle Gebel .::. Naturopathe & enseignante de Yoga

 
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La médecine des Arabes

Au IIIe siècle l’Arabie abandonne le monothéisme de sa religion ancestrale abrahamique pour se convertir au paganisme agonisant des cités helléniques. Le Prophète Mohammad (570-632), ‘’le digne de louanges’’ et non Mahomet qui signifie le contraire ‘’celui qui n’est pas loué’’, a voulu instaurer le retour de la religion primordiale révélée par Dieu depuis Adam à tous les prophètes. L’islam se fonde sur des valeurs morales universelles : la solidarité, le désintéressement et la miséricorde. Cette religion encourage l’effort personnel, physique, émotionnel, intellectuel et spirituel. Elle condamne le luxe, la mollesse et l’iniquité sous toutes ses formes. Ses cinq piliers sont destinés à préserver la pureté du cœur et du corps : Shahada : le monothéisme, Salat : la prière rituelle, Zakat : l’impôt pour les pauvres, Saoum : le jeûne du Ramadan, Hadj : le pèlerinage à la Mecque pour qui en a les moyens financiers et physique.

L’honneur et l’hospitalité dominent la misère des Bédouins dont le style de vie est resté celui d’Abraham et des siens. Les bédouins croient en une force universelle, diffuse et impersonnelle, mais très sacrée nommée al-ilâh, d’où vient, probablement par contraction, le nom d’Allah, la divinité unique de l’islam.

Le soufi ‘Ami de la pureté ‘’ ou derviche en perse, à l’instar du chamane recherche l’extase, mais son but final est la sainteté, la fusion avec l’Absolu divin. Semblable au ‘’vrai homme’’ des taoïstes, au ‘’libéré vivant’’ des hindouistes, le saint soufi a réalisé la station suprême. Il est Khalil, l’ami auprès de qui trouver réconfort et guérison.

En recommandant de faire le bien et de respecter le savoir, le Coran a favorisé en quelques siècles une extraordinaire évolution scientifique, éthique et intellectuelle. Une centaine d’années ont suffi aux Arabes pour traduire dans leur langue tous les textes grecs qu’ils  pouvaient se procurer. Ces traductions sauvèrent d’une destruction quasi certaine les connaissances accumulées depuis l’Antiquité dans le  Proche-Orient. Le développement de l’islam entraîna vers l’Occident les connaissances égyptiennes, grecques, syriaques, persanes et indiennes en même temps que de nombreuses découvertes dues aux savants arabes, ou de langue arabe. Cette diffusion de la connaissance est conforme à l’esprit coranique fondé sur le partage universel. Grâce aux califes, un patrimoine unique échappa aux autodafés de l’Inquisition byzantine et romaine tandis que l’Àge sombre du haut Moyen Age s’abattait sur le monde chrétien. Les textes savants de l’Antiquité ne furent vraiment diffusés en Europe, grâce aux Arabes, que vers la fin du Moyen Age. Par la suite les clercs européens les traduisirent en latin à partir des traductions arabes.

Contrairement aux partisans du ‘’progrès’’ devenu ‘’science sans conscience’’, c’est-à-dire sans sagesse ni éthique, les savants arabes ont toujours cherché à éviter cette ‘’ruine de l’âme’’ qui semble avoir accompagné le progrès technique fondé sur le seul profit financier.

En 1984, divers états musulmans membres de l’OMS, sont intervenus (sans succès) afin de modifier la définition universelle de la santé. Ils souhaitaient ajouter la dimension spirituelle à l’état de total bien-être physique, mental et social qui définit la santé depuis 1948.

En Perse la  célèbre école de Jundishapour joue un rôle capital dans la genèse de la médecine des Arabes. C’est à partir de cette école que la médecine rédigée en langue arabe a répandu vers l’Europe, du IXe au XVIe siècle, la totalité des connaissances disponibles dans le Proche et le Moyen-Orient en matière de chirurgie, de pharmacologie, d’ophtalmologie, de clinique et gestion hospitalières, ainsi que l’éthique humaniste du serment d’Hippocrate. En Europe, la première véritable école de médecine ne vit le jour qu’en 750 à Salerne, au sud de l’Italie, elle y accueillait des savants de toutes les religions.

Malgré la fascination que la logique formelle d’Aristote a exercée sur les savants musulmans, la médecine d’Avicenne (980-1037) réputé le plus grand médecin-philosophe de son temps, ne constitue cependant pas un système en soi, mais plutôt prolonge en une vaste synthèse les connaissances anatomiques et physiologiques de l’école d’Alexandrie, les méthodes d’examen clinique de Rhazès (860-923) considéré comme le père fondateur de la médecine hospitalière, la pharmaco-botanique de Dioscoride, la théorie d’Hippocrate sur le rôle des aliments et ses conseils nutritionnels, l’exercice physique couplé d’exercices respiratoires inspirés du yoga indien, les massages, l’hydrothérapie, ainsi que la récitation de mantras, ces formules pieuses venues de l’Inde dont les soufis perpétuent la pratique. 

          Rhazès                   Avicenne

                                   Rhazès                                                                      Avicenne

 La médecine des premiers savants arabes a légué aux populations de confession musulmane une hygiène de vie dont certains préceptes sont communs au judaïsme et d’autres issus des principes hippocratiques et de la théorie des quatre éléments.

Outre les traités de Rhazès, d’Avicenne, de Maïmonide et de tant d’autres, le Kitab al-Malaki du médecin iranien Al-Majusi (925-994) est l’un des plus connus. Il divise la science médicale en trois catégories :

- Les phénomènes naturels : les quatre éléments, les humeurs, les tempéraments, etc…

-  Les phénomènes non-naturels : divisés en six catégories liées à l’hygiène de la vie quotidienne. Soit, la qualité de l’air, les activités, les substances-aliments-poisons, le sommeil, l’élimination-rétention et les émotions-sentiments.

- Les phénomènes extra-naturels : les maladies leur étiologie et leurs symptômes. 

Al-Majusi

Al-Majusi

Avec le XIIe siècle, un déclin s’amorce chez les savants musulmans. L’atmosphère générale n’est plus à la tolérance. Les premières croisades menacent la paix qui avait favorisé le développement de cette civilisation raffinée, aussi éprise de savoir que de poésie. Chez les musulmans comme chez les chrétiens, la recherche mystique du sacré recule devant le fait religieux en train de se figer dans une attitude dogmatique au bénéfice du fait politique.

Averroès (1126-1198) ‘’le docteur subtil’’ reste le dernier grand nom des médecins-philosophes arabes. Ses adversaires fanatiques parviennent à obtenir du sultan qu’il soit emprisonné, dépouillé de ses biens et tous ses livres brûlés, excepté ses ouvrages ‘’exempts de philosophie’’, c’est-à-dire purement techniques tels que des traités médicaux, mathématiques et d’astronomie.

Averroès ne fut pas l’unique victime du fanatisme religieux. Son ami Maïmonide (1135 – 1204) dut s’enfuir de Cordoue pour trouver refuge au Caire avec sa famille. Il fut l’un des plus illustres médecins de l’histoire. Juif de culture musulmane, aristotélicien convaincu, il passa au crible de la raison toutes les connaissances de son époque et réunit les connaissances médicales des Egyptiens et des Grecs de l’Antiquité. Il a posé les fondements de la recherche médicale rationnelle moderne.

Sa vaste synthèse visait à découvrir la structure de la réalité afin d’éliminer l’idolâtrie et les superstitions. CB p239

Cependant malgré son rationalisme, son œuvre immense de plus de cent volumes insiste sur ''la valeur suprême de la vie humaine, tout en faisant confiance à Dieu et à la nature, car les médicaments ne servent qu’à soutenir la nature dans sa tâche mais ne peuvent se substituer à elle. […]. L’importance qu’il accorde à la prévention des maladies par l’hygiène et par la sanitation, c’est-à-dire l’hygiène de l’environnement, trouve également sa source dans les préceptes d’Hippocrate''.  Il rédigea son savoir médical encyclopédique dans dix ouvrages, dont un traité d’hygiène générale pour conserver l’esprit et le corps sains.  CB p239

               Averroès                        Maïmonide

                                           Averroès                                                              Maïmonide

Au fil de l’histoire, ceux dont la liberté est menacée ont fréquemment recours à un langage codé afin de protéger leur savoir et leur propre vie. Ils voilent leurs connaissances sous une forme ésotérique que, seuls, quelques initiés en ayant reçu les clés peuvent décrypter. D’où l’obscurité du langage alchimique et les divers sens donnés au terme hermétique.

A la fin du moyen Àge, en Europe, les chimistes-philosophes (ou alchimistes) ont poursuivi les travaux des savants arabes en les voilant sous des formes allégoriques afin d’éviter la répression religieuse ou les ennuis politiques qui auraient pu menacer  leur sécurité.


 

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